La saga de La Balaguère, interview de Vincent Fonvieille

L'histoire d'une passion partagée

La Balaguère va fêter son trentième printemps, et fait figure aujourd’hui d’une entreprise dynamique, bien installée au fond d’une vallée pyrénéenne, presque une institution.
Il y a 30 ans, ce n’était qu’un modeste regroupement d’accompagnateurs autour d’un gîte d’étape. Vincent Fonvieille nous explique comment cela s’est passé.

Questions à Vincent Fonvieille à l’occasion des 30 ans de La Balaguère

Mais d’abord pourquoi avoir créé La Balaguère ?

VF : La Balaguère s’est créée toute seule. C’est juste une histoire de passion, celle de la montagne, d’une montagne “Les Pyrénées”, et celle du voyage et de la rencontre avec les 

populations des pays visités.

Une passion partagée, entre copains. Et La Balaguère, ça a été la volonté de partager cette passion plus largement, et d’en faire notre métier, en mettant l’Homme (avec un grand H) au centre de notre projet.

Comment cela a-t-il commencé ?

VF : Bien avant sa naissance en 1985, on peut dire que la Balaguère a été conçue en 1981 de ma rencontre avec Gérard Caubet au fin fond de la forêt d’Estaing.
Gérard était gardien du refuge de Migouelou.

Il avait besoin de bois de chauffage, j’étais forestier à l’ONF et chargé de lui “marquer au pied” les arbres à tomber.
Le courant passe. Nous gambergeons sur nos projets de vie à la montagne avec l’enthousiasme de la petite trentaine.  Il me parle de son projet de randos clés en main organisées au départ de son refuge... et se jette à l’eau en créant “Pyrénaïca” qui sera un pionnier en la matière. En quelque sorte un brouillon de la Balaguère. A Pyrénaïca, j’apporte mon expérience en pays Cathare, ma “première randonnée organisée”...

Chez moi, l’idée de Pyrénaïca fait tilt. Je rêvais moi aussi de faire de la montagne mon métier, de partager ma passion, de créer un gîte d’étape avec Ghislaine ma compagne, bref, de quitter l’ONF. Ces trois ingrédients seront le début de la Balaguère. 
Au cours de l’été 84, l’occasion se présente. Une magnifique maison bigourdane à vendre à Arrens, idéale pour un gîte. Ghislaine et moi nous lançons dans l’aventure.
Avec peu d’argent mais beaucoup de travail, de coup de mains, d’enthousiasme et pas mal de chance, le gîte Camélat voit le jour à l’automne 1984. En parallèle, dans le but de faire tourner le gîte avec des séjours à forfait, (le client est transporté, équipé, hébergé, nourri et accompagné) l’idée de La Balaguère fait son chemin. Là aussi, une histoire de copains… qui aboutit à la création de l’association La Balaguère en janvier 1985. 

Rapidement, séduits par le rêve de conjuguer passion et gagne-pain, quelques amis accompagnateurs nous rejoignent. Rémy pisteur et boulanger, Zébulon, moniteur de ski, Claude l’intellectuel, Vincent (l’autre) le muletier matheux, Daniel le ténébreux, et Franck le raconteur d’histoires basco-béarnaises... La plupart sont toujours là. 
Avec Gérard, nos sentiers ont un moment divergé pour mieux se rejoindre plus tard. 

Comment et pourquoi être passé en société Anonyme ?

VF : tout simplement parce que le statut associatif n’était pas adapté ; il nous a aidé à démarrer, mais La Balaguère était véritablement un projet professionnel, et notre activité était commerciale. Très vite, nous nous sommes rendus à l’évidence qu’il fallait évoluer vers un statut de société.
Ce que nous avons fait en 1992. En Société Anonyme, avec comme associés tous les guides et accompagnateurs du début qui le souhaitaient (19 au total).

Mais comment passe-t-on de copain à PDG ?

VF : En fait, le passage d’association à Société Anonyme n’a absolument rien changé. Ni les valeurs de notre projet, ni le contenu ni l’esprit de nos randonnées, et pas davantage l’esprit d’équipe, et donc les relations entre nous. Tout a continué sans aucune difficulté. Je suis certainement devenu davantage un chef d’entreprise, à savoir que c’est moi qui tranche quand nos avis divergent. Mais globalement, nous prenons toujours nos décisions collectivement.
Le statut de société nous a surtout obligé à davantage de rigueur, à mieux gérer… à moins rêver !

Et aujourd’hui, c’est quoi La Balaguère ?

Val d'Azun

VF : Une entreprise au fond d’une vallée pyrénéenne ! Les qualités de la Balaguère sont restées celles des montagnards que nous sommes : l’enthousiasme, la passion, la solidarité, lepartage, la capacité à surmonter les difficultés, l’envie d’aller toujours plus haut, plus loin, un certain goût du risque mais la prudence aussi.  
30 ans après, la Balaguère est toujours fidèle à son idée de départ : proposer des randos et des voyages sans souci d’organisation pour le client. Le val d’Azun est toujours le centre de gravité de l’entreprise. Seul notre horizon a changé. C’est le monde. 
Et toujours fidèles à nos valeurs, et toujours indépendants. Ce qui se fait rare, même dans le monde du voyage d’aventure !

Quels ont été les moments les plus durs de ces 30 ans ?

VF : Ca été la perte de ceux qui sont partis. Bunny, surtout Bunny. Un ami cher, un guide haute montagne de talent et d’une grande profondeur intellectuelle. Cofondateur de la Balaguère, il agissait comme le pilier moral de notre entreprise, le gardien de nos valeurs. 
Pour le reste, le plus difficile, bien entendu, c’est de se séparer de collaborateurs, de procéder à des licenciements quand les circonstances y obligent. Cela nous est arrivé à deux reprises, et ça a été des moments très durs moralement pour moi et aussi pour l’entreprise.

Et les moments les plus forts ?

VF : C’est difficile de répondre à cette question, ils sont tellement nombreux ! Vincent Fonvieille au NépalEn gros, c’est tout ce qui a trait à l’humain, à la relation humaine : les belles rencontres, qu’elles soient pyrénéennes ou celles du bout du monde. Le bonheur du client devant unpaysage grandiose, son incrédulité à vivre un moment unique, irréel, et le partager avec lui… Je pense aux dunes de Chinguetti, à la Vire des Fleurs, à Samdo… Vibrer  ensemble, se comprendre, dans un regard, sans parler la même langue… Eldorando a certainement été un des moments les plus forts de notre aventure. Réunir tous ces gens, de partout dans le monde, si différents, autour d’une même passion de la marche, du voyage, de l’échange, du partage et de la fête. 
Un grand moment. Inoubliable. C’était il y a dix ans.
Et puis il y a aussi les petites victoires collectives du quotidien, les paris gagnés, les difficultés surmontées ensemble... Bref, le bonheur d’avoir avec moi une équipe d’enfer, des gens extraordinaires. Ce sont eux qui font La Balaguère. Et je leur suis infiniment reconnaissant.

Pourquoi avez-vous réussi là où d’autres ont échoué ?

VF : D’abord, parce que jamais, jamais nous nous sommes dit qu’on avait réussi ! On n’a jamais réussi, et je crois sincèrement que si on commence à le croire c’est le début de la fin... Pour dire les choses autrement, je pense qu’on ne se développe et on ne progresse que si on se remet en question en permanence. C’est une première réponse à votre question.

La seconde, c’est le travail. On a beaucoup, beaucoup travaillé pendant ces 30 ans. A l’inverse, beaucoup de nos confrères des débuts ont pris cette activité en dilettante, sans trop de sérieux, sans imaginer que ce que nous faisions était un vrai travail, une véritable activité professionnelle, et qu’il fallait l’exercer comme telle... 

La troisième, c’est le travail en équipe, le collectif. Apprendre à travailler ensemble, se découvrir, s’accepter mutuellement, comprendre nos différences et en faire des complémentarités, des atouts maîtres, progresser, se remettre en question, c’est tout cela qui a fait La Balaguère, qui en a fait une équipe de choc, une équipe qui gagne… 

La quatrième (et certainement la plus importante), c’est le client. La préoccupation du client, sa satisfaction. S’interroger en permanence sur les besoins, les attentes, les envies du client. Et leurs évolutions. Et bien sûr, trouver le meilleur compromis entre ces attentes et nos propres envies, notre propre passion.
Un exemple : il y a 26-27 ans, quand nous avons pris conscience que nos clients ne voulaient plus porter de sac à dos, et pis encore, voulaient une douche tous les jours, tous nos itinéraires les plus beaux partaient en fumée... Il a fallu en réinventer de nouveaux, tenant compte de ces contraintes...
Et puis, rester à l’écoute de nos clients. En permanence. C’est le plus important.

Enfin, la passion, il faut qu’elle reste intacte. Car c’est la passion qui donne l’énergie, le dynamisme, la capacité d’entraîner les autres, qui autorise les prises de risque les plus folles, qui aide à surmonter les difficultés, les moments de doutes, qui relègue les questions d’argent au rang des moyens, et non des fins...

30 ans, et après ?

VF : Cet anniversaire est le moment de la fête, c’est aussi celui du bilan. Regarder derrière nous, comprendre ce qui s’est passé, pour bien préparer l’avenir. 
Mais c’est aussi le moment de réfléchir à la relève, au passage de témoin. Une entreprise n’est véritablement réussie que si elle est transmise, si elle survit à ses créateurs. C’est ce quefaisons en ce moment, réfléchir à la suite. Et nous avons la chance énorme d’être dans une période ou tout va pour le mieux, l’entreprise ne s’est jamais portée aussi bien.

Pour utiliser une métaphore pyrénéenne, on peut dire que cet anniversaire est une pause au bord d’un lac. Après nous remettrons le sac à l’épaule et reprendrons la route. Et notre sac est plein de nouveaux projets. 
L’aventure continue. Elle ne fait que commencer…


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