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Mis à jour le 25/06/2026

© Jonathan Cathala

Comment devient-on accompagnateur sur le Chemin de Saint-Jacques ? Le parcours inattendu de Gilles

Gilles a 60 ans et un parcours qui détonne un peu dans le monde de l'accompagnement en montagne. Pendant dix ans, il a enseigné le français, après de longues études de lettres modernes. Une passion pour la littérature, la culture, et surtout la pédagogie, qu'il n'a jamais vraiment quittée.

« Au bout de dix ans, j'en ai eu marre d'être enfermé », confie-t-il. « Je voulais sortir des salles de cours, mais j'avais envie de garder ce rapport pédagogique aux gens. » La montagne, qu'il pratique depuis toujours entre randonnée et escalade, devient alors une évidence.

Accompagner des groupes, c'est pour lui une autre façon d'enseigner : transmettre à des urbains, souvent peu familiers de la nature, un rapport différent à la montagne et à l'effort. Une vocation qui n'en était peut-être pas une au départ, mais qui s'est révélée être la continuité logique de tout ce qu'il aimait déjà.

Depuis 21 ans, il encadre des groupes pour La Balaguère, et le Camino Francès est devenu l'un de ses chemins de prédilection.

© ADOBE STOCK / Arousa

Que voir à Santiago de Compostelle ? Le quartier médiéval, la cathédrale et la ferveur des pèlerins

Si on lui demande de choisir un seul endroit sur tout le Camino, Gilles n'hésite pas longtemps : c’est pour la ville de Santiago que son cœur penche.

« C'est le cœur historique, la partie médiévale », décrit-il. Des rues pavées, sans voitures, où l'on circule sous une multitude de passages et d'arcades construits pour se protéger de la pluie, car il pleut beaucoup à Santiago. Une ville à l'architecture spectaculaire, mais ce n'est pas tant la pierre que l'atmosphère qui le touche.


« Comme c'est une arrivée de pèlerinage, il y a des gens du monde entier qui viennent, catholiques ou non. Il y a une espèce de ferveur qui va au-delà du religieux, une ferveur humaine et spirituelle qui me plaît beaucoup. »


Sur le reste du chemin, Gilles avoue une préférence pour les passages en montagne, « je suis montagnard avant tout », et tout particulièrement pour l'arrivée au Cap Finisterre. Ce nom, qui signifie littéralement « fin des terres » en latin, désigne le point où les pèlerins, traditionnellement, prolongeaient leur marche jusqu'à l'océan Atlantique, une fois Compostelle atteinte.

Découvrez notre circuit en liberté De Santiago à Finisterre.

© FOTOLIA / MIMOHE

Le coup de cœur de Gilles sur le Camino Francès : meilleur repas et gastronomie

Gilles n'a pas en tête d'anecdotes historiques précises à raconter à ses groupes, ce n'est pas dans ce registre qu'il excelle. Ce qui le marque, ce sont plutôt des ambiances, des lieux, des moments vécus.

Gilles évoque un petit village traversé pendant l'étape de montagne du séjour, El Acebo de San Miguel, comme son véritable coup de cœur du chemin : « C'est une route pavée, il n'y a quasiment pas de voitures… enfin si, mais s'il n'y en avait pas, on pourrait se croire au XVe siècle, c'est incroyable. »


Dans ce village, un petit bar-restaurant (El Acebo) sert une soupe de montagne qui, à chaque passage, réjouit Gilles. « Ce n'est pas un endroit extraordinaire, mais ça fait vraiment référence au pèlerinage », résume-t-il avec tendresse. Une étape modeste, mais marquante.

Quant au meilleur restaurant de ses quinze jours de marche, Gilles en parle avec des étoiles dans les yeux (et l’eau à la bouche) : la Peseta, à Astorga. Car côté gastronomie sur le Camino Francès, c'est surtout beaucoup de viande grillée et de volaille, assez peu de légumes : la cuisine espagnole dans toute sa générosité.

Le passage le plus compliqué du Camino Francès selon Gilles : la Meseta

Interrogé sur la nature et les paysages du chemin, Gilles est honnête : il n'a pas de plante, d'arbre ou d'animal fétiche à faire découvrir. « C'est plutôt des ambiances. Ce qui est intéressant sur ce chemin, c'est surtout la dimension humaine. »

Il y a tout de même un passage du Camino qu'il connaît bien et qu'il préfère éviter à pied : la Meseta, ce grand plateau aride au centre de l'Espagne, quasiment dépourvu d'arbres et de forêts. « Pour la marche, c'est l'enfer », résume-t-il sans détour. Une portion que les groupes de La Balaguère traversent en bus, afin de se concentrer sur les étapes les plus belles du tracé, un luxe que Gilles assume complètement : « On ne fait que les étapes vraiment magnifiques. C'est ça qui est intéressant. »

© AIRIEAU Philippe

Printemps, été, automne : quelle saison choisir pour marcher vers Compostelle ?

Sans surprise, c'est le printemps que Gilles recommande. Les fleurs éclosent, les champs de blé se parent de jaune, la chaleur reste douce, avant que la végétation espagnole, plus fragile qu'en France, ne grille rapidement sous le soleil.

L'été, en revanche, est une saison à part : forte affluence (vacances scolaires et estivales), chaleurs parfois extrêmes, et une organisation logistique différente. Sur ces séjours, les groupes partent très tôt (autour de 7 heures du matin) pour terminer les étapes vers 14h et éviter le pic de chaleur.

Son conseil pour les périodes les plus agréables : mai-juin et septembre-octobre. L'automne, en particulier, offre une végétation magnifique et une ambiance idéale pour la marche.

Quel matériel emporter sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ? La liste essentielle (et ce qu'il faut vraiment laisser chez soi)

Pour Gilles, l'équipement de base reste simple et efficace :

  • de bonnes chaussures de randonnée,
  • de bonnes chaussettes (les mauvaises sont la première cause d'ampoules),
  • une cape de pluie,
  • une casquette ou un chapeau pour se protéger du soleil,
  • des lunettes de soleil,
  • un bon sac à dos,
  • et idéalement des bâtons de marche.


Côté superflu, Gilles est catégorique : pas besoin de vêtements de rechange en quantité, ni de maquillage. Quinze jours, parfois un mois ou un mois et demi de marche, on devient « un marcheur, un pèlerin noir », dit-il en souriant.

Voir aussi Bien s'équiper en randonnée.

© Philippe Airieau

Combien de kilomètres par jour sur le Camino Francès ? Et pourquoi la rencontre humaine change tout

Concrètement, les groupes encadrés par Gilles parcourent en moyenne une vingtaine de kilomètres par jour, soit environ 4 à 5 heures de marche. Une seule journée de repos par semaine, le dimanche.


Ce qui frappe Gilles, après toutes ces années, c'est la camaraderie qui naît très vite entre pèlerins. Sur le Camino traditionnel, les marcheurs progressent ensemble pendant des semaines, au même rythme, et finissent par très bien se connaître. « On se croise, on se dit bonjour, on demande si l'autre a besoin de quelque chose. Il se crée une camaraderie hyper agréable. Parfois, à l'arrivée à Saint-Jacques, on recroise des gens vus plusieurs jours avant. »

Il raconte aussi la rencontre marquante d'un jeune pèlerin, parti seul depuis on ne sait où, avec l'intention de relier Compostelle, puis Fátima, puis Rome, puis Jérusalem, en vivant uniquement de la charité des gens croisés en chemin. Déjà blessé aux pieds après quelques jours seulement, le jeune homme avait reçu une petite collecte improvisée de la part du groupe de Gilles, de quoi tenir quelques jours de plus.

Est-ce que le Chemin de Compostelle change vraiment la vie ? Ce que Gilles a compris sur lui-même

À la question de savoir si ce chemin lui a appris quelque chose sur lui-même, Gilles nuance : « Je ne crois pas qu'il m'ait appris quelque chose, mais il a confirmé ce que je crois être : quelqu'un de sociable, qui aime la dimension spirituelle de la vie et ce rapport humain qui est très beau. »


Et s'il devait s'adresser à quelqu'un qui hésite encore à se lancer sur le Camino Francès ? « Lâche prise. Va découvrir la marche. Va te découvrir. Et explore la dimension spirituelle de ton existence. »

Pourquoi faire le Camino Francès avec un accompagnateur ? Ce que ça change, selon Gilles

Vingt et un ans d'expérience, un regard d'ancien professeur de lettres sur la pédagogie du voyage, et une passion pour la rencontre humaine : voilà ce que Gilles apporte à chaque groupe qu'il accompagne sur le Camino Francès. Plus qu'un itinéraire, c'est une expérience humaine qu'il propose, faite de soupes de montagne partagées, de bâtons de marche, d'ampoules aux pieds et de fous rires en fin d'étape.

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