Sandrine, voyageuse de retour de Madère | La Balaguère

© ADOBE STOCK / Stefan H. Zeitz

Bonjour Sandrine ! Tu reviens de notre randonnée à Madère 'Le jardin de l'Atlantique', peux-tu te présenter ?

J'ai 46 ans, je marche depuis mon enfance car je passais une bonne partie de mes vacances à la montagne, sauf qu'à cette époque, je n'aimais pas du tout marcher (j'avais horreur des montées où à chaque fois, j'avais l'impression d'une asphyxie lente et continue...), et puis, en grandissant, je me suis découvert un vrai goût pour la marche et un plaisir immense à découvrir des paysages splendides (les côtes, ça va mieux, depuis mon enfance, j'ai appris à respirer convenablement...).
Chez moi, dans le Cotentin, je parcours souvent le sentier des douaniers ou les chemins creux du bocage dans ce coin de terre que d'aucuns disent ressembler un peu à l'Irlande, sans doute à cause des landes couvertes de fougères, ajoncs et bruyères, et des murets de pierre sèche délimitant les champs qui plongent dans la mer.
J'ai fait quelques séjours de randonnées en Auvergne, dans les Alpes, en Norvège, au Maroc, et en Écosse (un de ceux qui m'a laissé les plus beaux souvenirs). Et puis, la vie familiale faisant, j'ai perdu de vue ce mode de vacances. Mais cette année, j'ai décidé de repartir de la sorte, parce que c'est pour moi la meilleure façon de passer des vacances.

Pourquoi as-tu choisi cette randonnée à Madère ? A qui la conseillerais-tu ?

J'avais envie d'une destination chaude mais pas brûlante (je souffre de la chaleur pour marcher), de beaux paysages, avec si possible la mer pas trop loin, le tout dans un budget raisonnable.
Ma mère était allée à Madère il y a quelques années et en était revenue ravie, elle me l'a conseillé. Je me suis renseignée un peu sur internet et tout ce qu'on en disait m'a donné envie d'y aller, si bien que dès le mois de janvier, j'ai réservé mon voyage.
C'est une île à recommander pour tous les amoureux de paysages spectaculaires, où on peut selon ses appétences, faire des randonnées relativement tranquilles (même si le relief étant là, il faut toujours s'attendre à monter et descendre...), ou pour ceux qui aiment se dépasser, avaler du dénivelé tous les jours.

Raconte-nous tes meilleurs moments et souvenirs de ce voyage...

Le premier jour a été un véritable éblouissement dès que nous sommes sortis de la camionnette, pour nous trouver face aux paysages de la Ponta de Sao Lourenço : une pointe minérale qui s'avance dans la mer où l'activité volcanique a créé des strates de sol allant du jaune soufre à l'ocre rouge en passant par le noir et le vert du basalte. Malgré la fréquentation de ce lieu par un grand nombre de randonneurs (rien à voir tout-de-même avec la dune du Pyla par une belle journée d'août..), cet endroit battu par les vents reste magique, isolé et sauvage, même s'il n'est qu'à quelques kms de la centrale solaire de Madère.
Mon deuxième coup de foudre paysager s'est produit en arrivant au pico do Arieiro, où on fait face à un relief très escarpé, fait d'un alignement de pics aux pentes résolument abruptes où l'on aperçoit le tracé sinueux d'un sentier qui semble se faufiler au-dessus du vide, en se demandant comment on va bien pouvoir éviter d'être paralysé par le vertige.
Le miracle, c'est qu'en fait, une fois sur le sentier (heureusement très bien sécurisé), on ne se rend pas compte du vide qui nous environne, et qu'on peut continuer à garder les yeux rivés sur le spectacle des crêtes se détachant acérées sur le ciel.
La troisième rando que j'ai le plus aimé, c'est celle qui nous a mené à Fanal, et pourtant, les conditions étaient loin d'être réunies pour en faire une journée inoubliable : crachin timide, mais insistant, longue (très longue montée...) par un sentier presque tout en escalier, humeur grognon du fait de la fatigue, et pour finir une brume épaisse enveloppant tout, sauf que, précisément c'était l'ambiance toute indiquée pour apprécier les vieux lauriers de Fanal, revêtus de leurs lambeaux de lichens, émergeant de leur linceul de brouillard, comme autant de vieux spectres dans une forêt enchantée; au détour d'un chemin nous avons même croisé le chat du Cheshire posté là à guetter une hypothétique Alice madérienne (c'est une des spécialités de Madère que de rencontrer sur les chemins de randonnée des chats sortis de nulle part), puis de paisibles vaches voilées de brume, broutant  au bord de la route, comme si on avait basculé dans une autre dimension où les voitures n'avaient pas cours.
La quatrième rando dont je voudrais parler est celle qui nous a mené du plateau de Paul da Serra jusqu'au Pico do Paul. Là-haut, on a eu un magnifique panorama sur les crêtes du pico do Ariero et du pico Ruivo, mangées par des langues de brume blanche et cotonneuses qui rendaient le paysage grandiose.
Mais je pourrais parler aussi du sentier en balcon au-dessus de la mer vers Sao Jorge, des chemins bordés d'agapanthes et d'hortensias le long des levadas, où filent les truites dans l'eau transparente, des petites parcelles de cultures en terrasse établies sur les pentes les plus improbables regorgeant de légumes et de fruits...
J'ai adoré la mer aussi, et pourtant, elle se mérite là-bas, car les plages sont le plus souvent de galets (et pas précisément des modèles réduits format gravillon), si bien que, pauvres Français habitués au contact doux et facile du sable, nous progressions comme des fakirs sur une planche de clous pour rejoindre l'eau... tiède, transparente et abritant une multitude de poissons, oursins et crabes, visibles pour peu qu'on ait pensé à emporter sa vulgaire paire de lunettes de piscine.
C'est à Jardim do Mar qu'on l'a le plus appréciée : l'endroit est idyllique, un petit village tout en ruelles et en escaliers nichés dans des brassées de fleurs, de fruits et de verdure, face à la mer avec en miroir un autre village de pêcheurs de l'autre côté de l'anse. Nous logions dans une délicieuse maison d'hôtes avec vue sur la mer, tenue par une chaleureuse madérienne qui nous dorlotait avec des gâteaux au petit déjeuner pour nous donner de quoi faire face à la rando du jour, et de la puncha fraîche au retour  pour nous remettre des efforts de la journée.

Pour toi, La Balaguère, c'est...

Partir en randonnées sans se préoccuper de rien si ce n'est l'état de ses pieds et de ses genoux, avoir le luxe de ne s'inquiéter ni des repas, des logements, des itinéraires, du transport des bagages, écouter un guide nous raconter son pays, partager ces moments avec d'autres randonneurs dans une ambiance détendue et chaleureuse, oublier la vie quotidienne pendant une parenthèse enchantée.

Et ton prochain voyage ?

II y a beaucoup de randonnées qui me font envie, à moyen terme la Toscane et aussi le Kirghizistan, qui doit être formidablement dépaysant. Mais, je rêve aussi d'aller en Islande, au Japon...


Découvrez la randonnée de Sandrine : Le jardin de l'Atlantique

Toutes nos randonnées à Madère


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